Climate Finance Day 2019 : La Finance au rendez-vous du défi climatique ?

Sabrine Aouida | 5 décembre 2019

Le 29 novembre 2019, s’est tenue, à Paris, la 5e édition du Climate Finance Day, organisée par Finance for Tomorrow. Cet événement dédié à la finance durable a réuni 50 intervenants et plus de 800 participants internationaux issus du secteur bancaire et financier ainsi que de la sphère publique et académique. Cette nouvelle édition s’articulait autour de l’initiative « Financer une transition juste ». WeeFin s’est rendu à cet évènement et vous fait, à cette occasion, le point sur les principales initiatives et sur les engagements pris par les acteurs pour financer une transition juste vers une économie et une société bas-carbone.

Point sur l’initiative « Financer une transition juste »

Lancée en février 2018, cette initiative vise à identifier le rôle que peuvent jouer les investisseurs institutionnels en inscrivant leur lutte contre les changements climatiques dans une démarche de développement inclusive. Cette initiative se fonde sur l’engagement pris dans l’Accord de Paris sur les changements climatiques d’agir en faveur d’une transition juste.

La transition écologique, en tête de l’agenda des entreprises

La Climate Finance Day a démontré, encore une fois cette année, la mobilisation des acteurs financiers internationaux pour faire face au changement climatique. Une prise de conscience sur le réchauffement climatique et l’urgence de le contenir font globalement consensus.

Quelques annonces majeures de la part des acteurs financiers et publics en faveur de la finance durable qu’il est intéressant de citer :

  • Sur le déploiement d’outils et de méthodologies internes pour mesurer l’impact de certains secteurs d’activités sur le climat

– François Riahi, Directeur Général de Natixis a communiqué sur le « Green Weighting Factor », mécanisme interne d’allocation du capital visant à favoriser les financements les plus vertueux pour l’environnement et le climat. Cet outil de pilotage, désormais opérationnel, permet de moduler le seuil de rentabilité attendu des différents financements en fonction de leur effet sur le changement climatique.

– Karien Van Gennip, CEO d’ING Bank France a présenté « l’approche Terra » développée au sein de la banque hollandaise qui consiste à appliquer la méthodologie PACTA, co-créée avec 2° Investing Initiative pour mesurer l’impact des secteurs clefs sur le climat tels que la production d’énergie, l’automobile, le transport maritime etc… Avec cette approche, ING Bank vise à aligner son portefeuille de prêts d’environ 600 milliards d’euros avec les objectifs fixés par l’Accord de Paris.

  • Sur la sortie complète du charbon

BNP Paribas, AXA, Société Générale et Crédit Agricole ont fait connaître un calendrier identique de sortie complète du charbon : en 2030 dans les pays de l’Union européenne et en 2040 dans le reste du monde.

  • Sur les green bonds

AXA a également annoncé la souscription de « transition bonds », une nouvelle classe d’actifs visant à accompagner les entreprises dans leur transition vers des modèles économiques à plus faible intensité carbone.

La Caisse des Dépôts et des Consignations a souligné l’émission de sa première obligation durable (verte et sociale) pour 500 millions d’euros en 2019.

 

Mais le rythme de marche vers une économie bas carbone jugé encore lent et inégal

L’ensemble des intervenants qu’ils soient issus du secteur bancaire et financier ou encore de la sphère publique et académique rappellent la nécessité d’avancer plus vite dans la longue marche vers la neutralité carbone. Bien que des progrès concrets ont été réalisés dans la mobilisation des flux de capitaux vers une transition sobre en carbone, cela demeure encore insuffisant pour répondre à l’urgence climatique.

Du côté des organisations non gouvernementales, le rapport spécial du GIEC ou encore celui d’Oxfam et Les amis de la terre, paru la veille de l’événement, pointent du doigt la lenteur des banques à s’adapter à l’impératif de la transition énergétique. La mise en place, dès 2020, de normes contraignantes permettant d’aligner les activités des banques françaises avec les objectifs de l’accord de Paris est, ainsi, vu comme une solution concrète.

La convergence des initiatives et des engagements cités comme une priorité

Pour l’accélération vers la transition écologique, les intervenants du Climate Finance Day nous ont livré trois règles d’or :

  1. Définir des standards grâce à la taxonomie de l’UE sur la finance durable et les labels durables,
  2. Encourager la transparence sur les investissements pour faire de l’éducation financière et regagner la confiance des épargnants,
  3. Créer des normes et des règles au niveau des produits d’investissement afin d’éviter le greenwashing.

Point sur la taxonomie de l’UE sur la finance durable

Mesure phare prise par la Commission Européenne, la taxonomie de l’UE est un système de classification pour déterminer si une activité économique est durable du point de vue environnemental au vue d’orienter les investissements vers les opportunités qui contribuent de manière substantielle à la réalisation des objectifs climatiques et aux ODD correspondants.

En savoir plus

Si ces normes et standards sont considérés aujourd’hui comme un garde-fou pour s’assurer des bonnes pratiques de l’industrie bancaire et financière, la normalisation ne doit pas, pour autant, freiner l’innovation et la personnalisation des méthodologies ESG.  Les investisseurs recherchent aujourd’hui de la transparence et de la customisation. Les Fintechs ont ainsi un rôle clef à jouer dans l’accompagnement des acteurs dans la transformation durable de leurs pratiques d’investissement et la réorientation des flux d’investissements vers une économie bas carbone.

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